Interview du Conseil Oecuménique des Eglises COE, 19 décembre 2023
Serge Fornerod était jusqu’en juin 2023 membre du Comité Central du COE et du comité directeur du “Green village”. Il est le nouveau Président de la FAP, Fondation d’aide au Protestantisme réformé. Il vient de publier un livre, “Les Fornerod, une famille au service de l’Église” dans lequel se croisent son parcours de foi personnel et son parcours professionnel.
Félicitations pour cette publication ! Comment a-t-elle été influencée par le mouvement œcuménique ?
Fornerod: J’ai rédigé ce livre pendant mes dernières années de travail au service de l’Église évangélique réformée de Suisse EERS comme Directeur des relations extérieures. J’étais alors membre du Comité central du COE, et j’ai réalisé à quel point mon parcours professionnel et mon engagement de foi avaient été intimement liés à et influencés par le mouvement œcuménique et par l’engagement pour l’unité, la paix et la justice. Mon premier emploi dans les années huitante a été de travailler au sein d’une paroisse fondée par une pasteure néerlandaise qui avait fait partie de la première volée d’étudiants de Bossey. Elle travaillait pour un programme de réconciliation conduit par le COE à Berlin et dans la République démocratique allemande RDA. Plus tard, j’étais responsable de programmes pour notre œuvre d’entraide l’Entraide Protestante suisse EPER et je pris activement part aux Tables Rondes mises en place par le COE en Espagne, Portugal, Slovaquie, Hongrie ou Arménie, qui soutenaient le travail de renouveau des Églises réformées dans l’Europe centrale et orientale après la chute du communisme. Après cela, je pris des responsabilités dans la Commission Église et Société de la Conférence des Églises européennes CEC, faisant un travail de plaidoyer vis à vis des institutions européennes en faveur du témoignage et du rôle social des Églises dans leurs pays. Par la suite, je développais dans l’EERS une stratégie et des instruments pour une plus forte participation des Églises suisses dans le mouvement œcuménique et pour les ouvrir à une meilleure perception et une relation plus forte avec la réalité des Églises sur les autres continents, en prenant plus au sérieux non seulement leurs difficultés, mais aussi leur force. Au fil des ans, la conviction qu’il n’y a en définitive qu’une seule Église du Christ dans le monde s’imposa à moi, même si les Églises ont pris des formes et développé des traditions très différentes au gré des époques et des contextes. Mais il n’y a qu’un seul Jésus Christ, le même pour tous. Je crois que les gens qui ont lu mon livre reconnaissent cette conviction et cette expérience personnelle.
Comment votre histoire personnelle a-t-elle marqué votre vie ?
Fornerod: La deuxième raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire ce livre est la suivante : au fil du temps pendant toutes ces années, j’ai découvert par coïncidence que des personnes portant le même nom de famille que moi avaient travaillé dans les mêmes endroits et pour les mêmes motifs que moi, et ceci depuis plusieurs siècles, depuis l’époque de la Réforme. Je n’avais jusque là absolument aucune idée de l’existence de ces sortes d’«ancêtres » à Berlin, Moscou, Milan ou Lausanne. C’était très intriguant et je me suis mis à faire de patientes recherches sur eux et ma famille. Dans le livre, je mets leur parcours en miroir du mien.
Avez-vous tout jours été passionné par l’œcuménisme ? Fornerod: Dans ma propre biographie, la foi chrétienne, les voyages et l’œcuménisme sont intrinsèquement et intimement liés. Le pasteur de ma paroisse organisait chaque année pour les jeunes un voyage culturel dans une région de France. Nous logions toujours dans un monastère cistercien et participions à une partie de leurs offices, avions de longs échanges avec des moines, etc. Ma compréhension de l’Église a été dès le départ internationale et œcuménique.
Quel rôle voyez-vous pour une organisation œcuménique comme le COE pour faire avancer la paix et la justice ? Fornerod: Le travail du COE est tout à fait essentiel pour nos Églises dans le Nord, parce qu’il nous montre que la réalité de la très large majorité des chrétiens dans le monde est très différente de la nôtre, en particulier ici en Europe occidentale et du Nord. Il ne s’agit pas seulement du style et des conditions de vie, mais beaucoup plus de la manière de croire et de la place de la foi dans la vie quotidienne. La plupart des Églises occidentales ont encore un bout de chemin à faire pour réaliser que la foi chrétienne est devenue une sorte d’alternative ou même de contre-culture aux opinions majoritaires ou aux politiques actuelles. Le chrétien aujourd’hui est appelé à interpeller, remettre en question voire rejeter toutes les idéologies promouvant la surconsommation, le racisme, la destruction de la planète, la spéculation financière. Il n’y a pas à tergiverser là-dessus. Nous devons monter le ton sur ces questions et développer d’autres manières de vivre. Ainsi que montrer par l’exemple qu’une autre vie est possible.
Aimeriez-vous nous faire part de quelques-unes de vos visions en tant que nouveau Président de la FAP?
Fornerod: La FAP est une petite fondation avec des moyens limités, qui soutient des projets des Églises membres de la Communion mondiale d’Églises Réformées CMER. Nous sommes actifs dans le segment de petits et moyennes subventions de projets. La FAP a son siège et secrétariat dans le Centre œcuménique à Genève, ce qui nous permet de bénéficier des contacts et relations dans le monde entier des réseaux liés au COE. La FAP partage la vision que « l’amour du Christ transforme le monde vers la justice, la réconciliation et l’unité » et utilise cette vision pour sélectionner les projets reçus. Nous préférons soutenir des visions de l’avenir du christianisme qui soient ouvertes à l’action sociale et au témoignage œcuménique de l’Église et ne soient pas figées sur le maintien du status quo et des aspects traditionnels de la vie en Église.