V. Kandinsky 1908 (détail)

Contempler

Les voyages ne sont pas uniquement des déplacements physiques dans d’autres paysages et histoires et fixés par des photos. On voyage aussi en se laissant transporter par et dans les représentations artistiques et en les laissant vibrer.
J’aime plonger dans des tableaux qui ouvrent sur autre chose et ne cherchent pas à reproduire le réel. « L’art est la plus haute forme de l’espoir » (Gerhard Richter). Je partage ici régulièrement et au fil des mes visites quelques oeuvres qui me font grandir. Le cadrage et la luminosité ne sont pas toujours parfaits. Mais le plaisir du regard l’emporte et fait voyager.   

Photos autorisées avec portable lors d’expositions publiques © Serge Fornerod

Texte Klimt-Art nouveau.

Texte Kandinsky

Texte Susanne Valadon

Postimpressionistessi les impressionnistes ont enclenché le mouvement de modernisation de la peinture, la transition entre leur approche encore teintée de romantisme et d’une certaine candeur a été remise en question par la génération suivante, appréhendant déjà  la réalité sociale moins harmonieuse et le début du siècle suivant. Cela a ouvert la voie à différentes tendances qui se sont peu à peu différenciées les unes des autres. Ici, un hommage à quelques uns dont les noms ont disparu au profit d’écoles plus typées et hermétiques: Menzinger, Moret, Signac, Seurat, Loiseau, D’Espagnat, Valtat, Luce, Cross, Steinlen, Bombois, Augrand, Butler, Denis….
Les Fauvistes ont voulu faire de chaque trait de couleur une explosion de dynamite. Grâce à eux les hivers sont plus courts. Derain, Duffy, Matisse, De Vlaminck… Plusieurs Expressionnistes et Modernistes s’en sont largement nourris: Jawlensky, Kandinsly, Münter, Bonnard…
Henri Manguin (1874-1949) mérite une mention spéciale parmi les Fauvistes car son travail me parait sous-estimé: il y a un réalisme social mais aussi une sensibilité particulière dans sa manière de représenter aussi bien les fruits que les êtres humains.  Clairement entre deux époques. 
Gabrielle Münter (1877-1962), expressionniste allemande, membre du groupe des « Cavaliers bleus », proche de Kandinsky, a vécu le tournant du siècle et les révolutions qu’il a provoqué dans l’art aussi. La Suède, le Danemark l’ont accueillie avant qu’elle ne rentre dans son village natal de Murnau. Un regard éblouissant de lumière et de douceur. Mais un silence politique qui laisse songeur…
Nicolas de Staël (1914-1955), d’origine russe, reste inclassable. Sa peinture évolue de manière surprenante: sombre au début, elle s’illumine de couleurs vives à la fin; il crée des épaisses couches sur ses premières oeuvres, puis allège sa palette, il débute avec une approche abstraite, et passe ensuite à rendre figuratif son regard, comme sur ses tableaux au bord de l’eau ou au match de football.  
Yayoi Kusama (*1929): une artiste qui m’était complètement inconnue et qui m’a fait voyager dans un autre monde: celui où les points, les traits, le cellules, les molécules, les formes rondes et biscornues, les répétitions te donnent une impression durable d’infini et d’éternité, un rêve éveillé et porteur d’une énergie incroyable. Un coup de coeur. 
Joaquin Sorolla (1863-1923), peut-être le plus grand peintre espagnol de son époque, puise ses ressources aussi bien dans la peinture classique espagnole que l’impressionisme, mais amène un dépassement de l’une et de l’autre. Originaire de Valence, il est un peintre « de l’eau », qu’il rend à merveille, du soleil, du blanc, tout comme il est un portraitiste remarquable des différentes cultures régionales espagnoles. Un monument.
Friedensreich Hundertwasser (1928 – 2000), artiste multitalent, inclassable, peintre, architecte (le Gaudi autrichien), poète. Un peu de surréalisme, un peu d’art japonais, des couleurs clinquantes, des formes mouvantes, des techniques uniques. Une oeuvre proche des rêves.  
Gerhard Richter (*1932) m’a intéressé d’une part parce qu’il est originaire de RDA, d’autre part parce qu’il a changé plusieurs fois complètement de style en fonction de ce qu’il percevait comme nécessité de réponse artistique à l’époque et aux modes du moment. Débutant avec des déformations et transformations de photos noir – blanc, aboutissant à l’impossible  représentation saisissante et glaçante de l’Holocauste (que je n’ai pas osé photographier), en passant par le 11 septembre, mais aussi la brillance de couleur libérées ou emprisonnées dans un cadre rigide… Une profondeur et une émotion sans pareil. 
Mark Rothko (1903-1970) ne m’a pas intéressé jusqu’à ce que je me retrouve par curiosité devant une des ses toiles monumentales. La taille change tout. Elle nous enveloppe et nous retient prisonnier. Le tableau n’a alors pas de bord défini, il déborde du cadre. Sa phrase « la peinture, ce n’est pas de chercher la couleur, mais la lumière » m’a permis d’entrer dans ses tableaux, même les pus sombres. Mais il faut se plonger dedans longtemps pour percevoir la lumière qu’il a vue et veut transmettre. Sa manie de ne pas nommer ses oeuvres mais juste de les numéroter nous rappelle: chaque fois, il faut recommencer pour trouver la lumière.