Conseil de la FAP, mars 2025
À mi-chemin du temps de la Passion, je vous propose de nous laisser inspirer et d’associer nos réflexions depuis ce verset de l’épître aux Hébreux.
Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance la course qui nous est proposée. (Hébreux 12.1)
Nous parlerons du fardeau du monde actuel, de quiproquo historique, de Nicée, mais aussi de nuées de témoins inattendus qui nous aident à persévérer.
J’ai choisi ce premier verset du chapitre 12 de l’épitre aux Hébreux comme point de départ pour ce matin. Non pas que j’aie une particulière affection pour cette lettre, mais parce que c’est le thème que la Communion Mondiale d’Églises Réformées (CMER) a choisi pour sa prochaine Assemblée générale en octobre de cette année en Thaïlande. Et au vu des principaux événements de notre monde depuis notre dernière rencontre, j’ai trouvé que la CMER avait capté quelque chose d’important pour formuler une réaction à tous ces événements. La référence à la grande nuée de témoins qui nous entoure est un rappel précieux, parce que ces témoins sont en général bien plus directement exposés que nous aux tragédies et déchirures de ce monde. Pour nous à la FAP, il est important d’avoir toujours à l’esprit que nous sommes liés à une nuée, que notre contexte franco-suisse est une toute petite pierre de la mosaïque chrétienne. Notre persévérance à nous est utile à celle des autres.
Cela m’amène à partager avec vous quelques lectures que j’ai faites ces derniers temps et qui à la fois fondent et expriment l’essentiel de notre réaction.
La première vient justement de la CMER. Je vous invite à lire ou au moins feuilleter le manuel qu’elle a publié sur son site pour la préparation de cette Assemblée, qui rassemble sept textes relativement brefs qui expriment la et les douleurs de ce monde et de l’Église à la fois témoin, victime et parfois complice de ces déchirures. À l’issue de sa dernière réunion physique en mai 2024 aux États-Unis, à Grand Rapids /Michigan, quelques mois avant la présidentielle, le Comité directeur de la CMR avait publié un message troublé et troublant, dont voici un extrait :
Nous, le Comité exécutif de la Communion mondiale d’Églises réformées, sommes de retour à l’Université Calvin de Gd Rapids ….., et dans une réalité américaine troublante. Le nationalisme chrétien, la montée de l’autoritarisme et le fléau du racisme déchirent le cœur même de cette nation. Profondément imbriquées les unes dans les autres, ces trois questions doivent être abordées avec honnêteté et ouverture, avec la volonté d’accepter leurs dures vérités et les défis qu’elles posent. La souche américaine du nationalisme chrétien est particulièrement virulente car elle inclut la confiance suprême que Dieu est du côté des États-Unis, que leurs « batailles » ne font qu’un. Des impulsions autoritaires découlent de cette croyance, dans le but inavouable de limiter la participation à quelques « élus ». Le racisme est profondément ancré dans la société américaine, les répercussions non résolues de l’esclavage et de la ségrégation étant les plus importantes, mais la discrimination de tous les corps noirs et bruns qui se trouvent dans le pays ou à sa frontière ne doit pas être négligée. L’héritage et l’impact non résolus du projet colonial en ce qui concerne les peuples indigènes continuent d’entacher nombre de nos communautés, tout comme l’absence d’intention d’engager un dialogue constructif. Il s’agit d’une blessure qui a désespérément besoin d’être soignée.
Nous avons plus besoin que jamais de persévérance pour continuer à soigner les blessures dans le nouveau contexte où nous sommes. Un seul exemple parmi des centaines possibles : Ici en Suisse, un de nos partenaires historiques, l’EPER, a perdu en 1 jour 7,5 millions de Dollars que lui confiait USAID pour ses programmes en Ukraine, au Congo et en Éthiopie. Elle a dû licencier 100 collaborateurs dans ces pays.
Cela doit entre autres aussi nous interpeller sur notre relation aux pouvoirs. Dans un blog anglais et anglican de Graham Tomlin, Directeur du « Centre pour le témoignage culturel » et ancien évêque de Kensington, j’ai pu lire récemment ceci :
Après des années de polarisation politique, de népotisme de la part des dirigeants précédents et de revendications contestées du pouvoir, un dirigeant imprévisible et égoïste croit que Dieu l’a sauvé pour rendre à la nation sa grandeur. Il est acclamé comme le dirigeant le plus puissant du monde et surprend instantanément tout le monde en publiant une série de nouvelles mesures perturbatrices visant à changer radicalement le mode de fonctionnement de la société et en annonçant qu’il va s’attaquer aux préjugés anti-chrétiens dans la société.
Cela vous rappelle quelque chose ?
Non, il ne s’agit pas de Donald Trump. Il s’agit du dirigeant de l’empire romain du quatrième siècle, Constantin le Grand. Et les parallèles sont frappants.
Constantin, fils d’un général romain et d’une serveuse des Balkans, a été le premier empereur romain chrétien. Auparavant, tous les empereurs étaient païens et vénéraient les dieux grecs et romains. Au début des années 300, l’empereur Dioclétien a lancé une période de persécution intense des chrétiens, visant à supprimer leur influence…. Après cette période, et après des années de luttes politiques intestines au sein de l’empire, Constantin marcha sur la capitale et vainquit son ennemi Maxence lors de la bataille du pont Milvius, à l’extérieur de Rome. Juste avant la bataille, Constantin a fait un rêve dans lequel il a vu un signe ressemblant à une croix dans le ciel, avec le slogan « dans ce signe, conquérir ». Dès lors, (ainsi le rapporte l’historiographie classique) il a cru que Dieu l’avait choisi dans ce but précis: apporter la paix à l’empire en conquérant ses ennemis, intérieurs et extérieurs, sous la bannière du christianisme.
Après son accession, Constantin, à l’instar de Trump, a introduit de nouvelles politiques économiques pour enrayer l’inflation rampante, a restructuré le gouvernement et a renforcé la capacité militaire pour dissuader les ennemis de l’empire. Il a également commencé à accorder des privilèges aux chrétiens, jusque-là persécutés. Le paganisme, religion « officielle » de l’empire, est de plus en plus relégué au second plan. Les églises se voient accorder des terrains sur lesquels elles peuvent construire de nouveaux édifices, et les rassemblements de dirigeants chrétiens deviennent monnaie courante, dont certains sont présidés par l’Empereur, comme le concile de Nicée en 325, où les 250 évêques sont acheminés par les voitures de la poste impériale ! . Les prêtres chrétiens sont dispensés de leurs fonctions publiques pour se consacrer à leurs prières. La crucifixion a été abolie en tant que forme d’exécution. Le dimanche devient un jour férié hebdomadaire et les pratiques païennes sont interdites en public.
….. Il est certain qu’à l’époque, de nombreux chrétiens étaient ravis, profitant de leurs nouveaux privilèges et de leur accès à la cour impériale comme des pasteurs aux yeux écarquillés invités à la Maison Blanche.
D’un autre côté, Constantin était irascible, imprévisible et vindicatif. Il fait exécuter sa seconde femme, trois beaux-frères, son fils aîné et son beau-père.
…. Utilisait-il cyniquement la force culturelle croissante du christianisme pour apporter l’unité à un empire divisé et fragmenté ?…. Constantin était exactement le type de messie militaire que les Juifs du premier siècle attendaient, mais il était totalement différent du rabbin crucifié de Nazareth.
….Il a certainement promu la foi chrétienne et lui a donné de nouvelles libertés. Pourtant, bien qu’il ait présidé le concile de Nicée…., il est peu question de Jésus dans la religion de Constantin. Il semble parfois s’être considéré comme le Sauveur de l’Église… le tournant de l’histoire ne se situant pas pour lui au premier siècle … lors de la résurrection de Jésus, mais au quatrième siècle avec sa propre victoire sur Maxence et surtout son co-empereur de l’Est Licinius en 324, six mois avant le Concile.
…l’Église chrétienne était à l’origine un mouvement contre-culturel, offrant une vision radicalement nouvelle de la vie, … et centrée sur Jésus crucifié et ressuscité. Après Constantin, le christianisme s’est centré sur un souverain majestueux des cieux et de la terre. Le Christ Pantocrator, l’image du Christ en gloire …., a remplacé les images du Christ sur la croix. Jusque-là le terme de « pantocrator » était réservé exclusivement à l’Empereur. Pour beaucoup d’historiens, ce n’est pas Constantin qui a été formé à l’image du Christ, mais le Christ qui a été conformé à l’image de Constantin.
Il y a bien sûr d’autres éléments à souligner en commémorant ce premier Concile, mais il est frappant de le voir coïncider avec l’arrivée au pouvoir d’une idéologie pseudo-chrétienne comme celle de Donald Trump.
Les Églises aux USA sont désemparées parce que profondément divisées elles aussi, même les plus progressistes. Quelques-unes ont intenté un procès à la nouvelle administration à cause de la violation de lois et d’accord au sujet des programmes d’hébergement de migrants par les Églises. Le 6 mars dernier les représentants de toutes les églises et religions américaines sont venus protester devant le bâtiment de la cour suprême.
Résistance, résilience et persévérance.
Un autre fort geste d’espoir et de persévérance m’a été donné en janvier d’une région et d’une Église à laquelle on ne se serait pas attendu. Bizarrement, ce message est passé quasi inaperçu et n’a suscité aucune vague, en tout cas à ma connaissance. Il s’agit d’une prise de position intitulée « Rester fidèle au Christ et à l’Évangile », publiée le 7 janvier, jour de Noël en Russie par un groupe de théologiens et laïcs de l’Église orthodoxe russe.
« Un appel lancé par des ecclésiastiques et des laïcs de l’Église orthodoxe russe qui, tout en restant en Russie, refusent la guerre.
Cette profession de foi a été rédigée par des hommes d’Église, clercs et laïcs, vivant pour la plupart en Russie, qui se sont vus contraints de renoncer à toute référence à leur qualité d’auteur. Toute personne qui partage les thèses contenues dans ce document et qui est prête à les transmettre à d’autres, que ce soit oralement ou par écrit, publiquement ou en privé, peut se considérer comme participant à cet acte de confession. Les phénomènes auxquels il est fait référence dans ces thèses ont pris de l’ampleur depuis longtemps dans notre Église. Le silence des ecclésiastiques peut être perçu comme une approbation ou une acceptation, et nous n’avons donc pas le droit de nous taire. « Nous, clercs et laïcs, enfants de l’Église orthodoxe russe croyons et confessons que nous sommes tous appelés, quelles que soient les circonstances terrestres et les exigences des détenteurs de pouvoir terrestres, à témoigner devant le monde de l’enseignement de Jésus-Christ et à toujours rejeter ce qui est incompatible avec l’Évangile. Aucun objectif ou valeur terrestre ne peut être placé par les chrétiens au-dessus ou à la place de la vérité révélée dans l’enseignement, la vie et la personne de Jésus-Christ.
Il s’en suit une série de huit affirmations sur des éléments fondamentaux de la foi chrétienne, actualisés dans le contexte de la guerre contre l’Ukraine et où ce groupe démonte et conteste la justification religieuse de la guerre contre l’Ukraine que l’on peut lire et entendre en Russie, dans l’Église orthodoxe russe en particulier.
Et puis, il y aussi il y a quelques jours cette vidéo de l’évêque Mariann Budde de Washington, qui avait le buzz lors du service religieux le jour de l’investiture de D., Trump : elle dit ceci :
«Bonjour mes amis, c’est l’évêque Mariann…
Je suis convaincue qu’il existe dans ce pays un esprit d’amour et de bonté qui nous traverse tous. Et que c’est le moment de se serrer les coudes, de se donner du courage et de s’accrocher à ce qui est bon pour nous et pour notre pays. Je suis sûr que nous pouvons y arriver.
Nous devons nous rappeler que nous ne sommes jamais seuls. Si l’un d’entre nous vacille, il y en a des centaines d’autres qui restent debout. Et parfois, nous soutenons ceux qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes… »
Et pour conclure après ces mots d’espoir une chanson , ou plutôt une prière de Coldplay de 2024, « we pray ».
https://www.youtube.com/watch?v=cFI1wZoG6tE
I pray that I don’t give up, pray that I do my best
Pray that I can lift up, pray my brother is blessed
Praying for enough, pray Virgilio wins
Pray I judge nobody and forgive me my sins
I pray we make it, pray my friend will pull through
Pray as I take it unto others, I do
Praying on your love, we pray with every breath
Though I’m in the valley of the shadow of death
And so we pray
For someone to come and show me the way
And so we pray
For some shelter and some records to play
And so we pray
We’ll be singing « Baraye »
Pray that we make it to the end of the day
And so we pray
I know somewhere that Heaven is waitin’
And so we pray
I know somewhere there’s something amazin’
And so we pray
I know somewhere we’ll feel no pain
Until we make it to the end of the day
I pray that love will shelter us from our fears
Oh, I pray you trust to let me wipe off your tears
Confront all the pain that we felt inside
With all the cards we been dealt in life
Pray I speak my truth and keep my sisters alive
So for the ones who parted seas (Ah, yeah)
For the ones who’s followin’ dreams (Ah, yeah)
For the ones who knocked down doors (Ah, yeah)
And allowed us to pass down keys (Ah, yeah)
Pray that we speak with a tongue that is honest
And that we understand how to be modest
Pray when she looks at herself in the mirror
She sees a queen, she sees a goddess
And so we pray
For someone to come and show me the way
And so we pray
For some shelter and some records to play
And so we pray
We’ll be singin’ « Baraye »
Pray that we make it to the end of the day
And so we pray
I know somewhere that Heaven is waitin’
And so we pray
I know somewhere there’s something amazin’
And so we pray
I know somewhere we’ll feel no pain
Until we make it to the end of the day
On my knees, I pray, as I sleep and wake
‘Cause inside my head is a frightening place
Keep a smiling face, only by His grace
‘Cause love’s more than I can take, hey
And so we pray
For someone to come and show me the way
And so we pray
For some shelter and some records to play
And so we pray
We’ll be singin’ « Baraye »
Till nobody’s in need and everybody can say (Oh)
La-la-la, la-la, la-la (La-la)
La-la-la, la-la, la-la (La-la-la, la)
La-la-la, la-la, la-la (Sing it to me)
La-la-la, la-la, we pray, we pray
La-la-la, la-la, la-la I know somewhere that Heaven is waitin’, is waitin’
La-la-la, la-la, la-la I know somewhere there’s something amazin’, something amazin’
La-la-la, la-la, la-la Until we feel no pain
La-la-la, la-la, we pray, we pray, we pray