Je reviens de cinq jours dans le sultanat d’Oman, principalement à Mascate et avec une excursion dans les impressionnantes montagnes de Jabal Shams. La faculté de théologie protestante de Beyrouth (NEST) a cet automne pour la première fois planifié un voyage- retraite destiné aux professeurs, étudiants et personnel de l’Institut. Plus de vingt participants ont à la fois découvert ce pays hospitalier, sa culture arabe traditionnelle en même temps qu’une pluralité religieuse singulière. Il a permis de renforcer les liens personnels dans un esprit de semi-vacances dans un lieu protégé et convivial et de préparer dans des groupes mixtes des célébrations quotidiennes participatives. Malheureusement trois étudiants n’ont finalement pas reçu de visa. Impossible de faire le tour de ces quatre jours de programmes dans un seul blog. J’y reviendrai certainement. J’aimerai présenter ici la démarche du partenaire qui a invité à ce voyage et l’a préparé, le Centre interreligieux Al Amana (www.alamanacentre.org).
Son origine remonte à 1891, lorsque l’Eglise réformée en Amérique (Reformed Church in America RCA) a retenu le Proche Orient comme cible pour ses missions. Dès 1893, elle ouvre une librairie chrétienne, une école pour des enfants anciennement esclaves, met sur pied des campagnes d’évangélisation. Puis elle ouvre un hôpital en 1900, qui devient au fil des décennies une référence dans le pays dans le traitement de la lèpre et des maladies infectieuses, au point d’être employé par le gouvernement. Dès la fin des années 1980, l’Eglise change son approche, ferme son école et vend son hôpital au Sultan pour 1 rial omanais symbolique (2,6$). Elle garde le droit de préemption sur le terrain en question. Al Amana signifie « confiance sacrée » en arabe. Les responsables transforment pas à pas la maison des missionnaires en centre pour l’apprentissage interculturel et interreligieux. Ils développent des programmes pour faciliter la rencontre entre chrétiens et musulmans. Profitant d’une politique religieuse ouverte et tolérante dans le pays (le Sultanat compte cinq familles d’Eglises officiellement reconnues ainsi que l’hindouisme, célébrant librement leurs cultes dans un endroit réservé que nous avons visité), le Centre réoriente sa mission vers la compréhension mutuelle et la recherche d’harmonie entre les différentes cultures. Arrivée au 19e siècle dans un esprit de croisade, elle s’est muée en organisation de services, offrant rencontres, informations d’arrière fonds sur l’Islam ibadiste majoritaire dans le pays, des partenaires de dialogue, des possibilités de visites de sites culturels, des séjours d’immersion et de proximité avec les habitants, des séminaires de dialogue ou de réconciliation avec des groupes venus de régions du monde en conflit ou avec des responsables locaux tout en respectant les principes régissant la vie religieuse à Oman, à savoir qu’il est interdit de convaincre quelqu’un de changer de religion. Cela vaut aussi pour les musulmans sunnite ou chiites présents. L’harmonie sociale et l’évitement de sources de conflits entre les communautés religieuses ou les tribus est le principe de base du fonctionnement de toute la société. Il en résulte une vie quotidienne marquée par le calme (les étudiants habitués à Beyrouth ont vite remarqué l’absence complète de klaxons dans le traffic !), l’hospitalité, la politesse et l’amabilité dans les relations sociales. L’objectif du Centre est de renforcer la compréhension de ce monde si différent du nôtre mais que nous continuons à prétendre comprendre sur la base d’articles de presse et à juger selon nos habitudes de fonctionnement comme si elles devaient être valables partout. Al Amana offre des possibilités et des clés d’apprentissage et – osons le mot – d’alphabétisation en dialogue interculturel. Cela exige beaucoup de doigté, d’humilité, du temps, surtout si l’on vient de ces pays qui sont souvent dépeints dans le monde musulman comme impérialiste et colonialiste, voire idolâtre. Aujourd’hui le Centre est intégré dans les rouages de la gestion religieuse du pays et est un partenaire de dialogue du gouvernement, parfois aussi un centre de compétence et de ressources pour gérer les courants chrétiens modernes si divers et nouveaux pour le pays. Le contexte omanais, en particulier sa tradition ibadiste qui lui est propre, est certainement plus favorable que d’autres pour accueillir une telle initiative. Oman est un îlot de stabilité et de calme depuis plus de cinquante ans, alors qu’il est entouré du Yémen, de l’Arabie Saoudite, de l’Iran, qu’il est à guère plus d’une heure de vol d’Abu Dhabi, Dubaï ou Doha et qu’il contrôle une partie de la presqu’île qui forme le détroit d’Hormuz de triste actualité. Les Omanais sont fiers de leurs traditions et le montrent. Leur tolérance n’est pas sans lien avec leur longue histoire et le positionnement géographique du pays, ouvert sur l’océan Indien, qui entretient des échanges avec l’Inde depuis plusieurs centaines d’années, voire plus si l’on tient compte de la route maritime de la soie qui transitait par là avant de remonter le Golfe persique ou la Mer Rouge. La grande majorité des 45 % de population étrangère du pays vient d’Inde. A cela s’ajoute une nature assez hostile avec des températures élevées, beaucoup de zones désertiques ou semi-désertiques et des montagnes abruptes et inhospitalières. Elles ont été formées en partie par des éruptions volcaniques, et leur plus haut sommet à Jabal Shams frôle les quatre mille mètres, offrant des vues extraordinaires sur des canyons et des reliefs sauvages somptueux (cf. mon fil Facebook du 12 octobre et la page « Voyager – Oman » de ce site où j’ai posté beaucoup d’autres photos).