La visite d’un vieil ami

Le nom de Serge Fornerod est désormais inconnu de beaucoup au sein de notre Église. Certains auraient peut-être même souhaité l’effacer de la mémoire collective de l’Église, alors que c’est lui qui, de 1992 à 2002, a géré avec un grand sens des responsabilités le soutien financier que l’organisation suisse EPER apportait à notre Église. Au cours de ces dix années, nous ne pouvions compter sur aucune aide de la Hongrie, et les dirigeants politiques de la nouvelle République slovaque n’avaient aucun intérêt à soutenir notre Église réformée à majorité hongroise. Le gouvernement slovaque de l’époque a décoré l’évêque de notre Église dans la seconde moitié des années 90, à titre purement symbolique. Il est regrettable que cette distinction n’ait pas été refusée. Les raisons n’auraient pas manqué !

Mais qui est donc Serge Fornerod ? Son autobiographie récemment publiée, intitulée « Die Familie Fornerod im Dienst der Kirche » (La famille Fornerod au service de l’Église), retrace plusieurs siècles de service de ses ancêtres. La famille Fornerod est attestée dans les sources écrites depuis 1408 dans la ville d’Avenches, dans le canton de Vaud. Après la Réforme, on trouve dans presque chaque génération des membres de la famille diplômés de l’université, principalement en théologie, et de langue maternelle française. On peut citer David Fornerod, qui fut pasteur de la communauté huguenote à Berlin au XVIIe siècle. Nicolas/Benjamin Fornerod, quant à lui, fut pasteur des réformés et des luthériens de Moscou à l’époque du tsar Pierre le Grand. Aloys Fornerod, enfin, a servi l’Église en tant que professeur de théologie au XXe siècle. Pendant ses études de théologie, Serge Fornerod a bénéficié d’une bourse à Berlin-Ouest, mais dès la première moitié des années 1980, il se rendait déjà dans les pays baltes de l’Union soviétique, ainsi qu’en Hongrie. C’est notamment grâce à cela qu’il a d’abord travaillé au sein du département des affaires étrangères de la Fédération des Églises réformées de Suisse, puis, à partir de 1992, que le soutien à notre Église a également fait partie de ses attributions. Il s’est rendu pour la première fois dans notre Église, ainsi qu’à Deregnyő/Drahnov, dans le cadre d’un voyage organisé en groupe par l’EPER. De langue maternelle française, je l’ai d’abord accueilli avec une certaine réserve, mais en apprenant à mieux le connaître, j’ai constaté qu’il accomplissait son travail sans faire de distinction entre les personnes. Il rendait personnellement visite aux paroisses bénéficiaires d’une aide ou aux demandeurs, afin d’évaluer les besoins financiers. Après dix ans de service, il est devenu responsable des relations extérieures de la Fédération des Églises réformées de Suisse, fonction à partir de laquelle il prend sa retraite. Il est actuellement membre de la Commission européenne de l’Alliance réformée mondiale. C’est à l’issue de la réunion de cette commission à Oradea qu’il s’est rendu à Košice et à Deregnyő/Drahnov.

Pourquoi est-ce que j’écris tout cela ?

L’année dernière, j’ai adressé une proposition à la présidence de notre Synode, à laquelle s’est joint le diocèse réformé d’Ung, afin que notre frère Serge Fornerod reçoive le prix István Pálóczi Czinke en reconnaissance de ses services. Pour justifier cette proposition, j’ai rappelé que, à son initiative, une conférence de soutien avait été organisée tous les deux ans pour notre Église : à Košice en 1997, à Jóká en 1999 et à Leipzig en 2001. Lors de ces conférences, des représentants d’organisations caritatives suisses, allemandes et néerlandaises ont participé et voté l’octroi d’aides financières importantes à notre Église. L’EPER elle-même a en outre octroyé, entre 1992 et 2002, une aide de 1 183 234 francs, principalement destinée à la rénovation de nos édifices religieux, au travail auprès des jeunes, à la création du Fonds d’aide et au fonctionnement de la faculté de théologie. J’ai étayé tout cela par un relevé précis. J’espère que notre demande sera entendue et que nous ne nous montrerons pas ingrats envers ce frère qui a apporté une aide efficace à notre Église dans les moments les plus difficiles. L.C.