L’envie de mieux comprendre, de l’intérieur, comment vit une Eglise dans le contexte du PO actuel. Quelles sont ses marqueurs identitaires, comme petite minorité dans une minorité, comme partie de la culture sémitique du PO ?

Comment se fait la réflexion théologique, la formation de ses pasteurs dans un contexte religieux de super-niche, culturellement  et politiquement éclaté et en crise depuis des décennies ?

Dans un contexte de précarité, comment se fait la réduction à l’essentiel dans le message, dans la théologie, comment simplifier les contenus, aussi bien pour l’inérieur que pour l’extérieur des Eglises ?

Faire une recherche sur une Eglises quasi disparue mais qui a joué un rôle fondamental pendant près de mille ans et à qui on doit beaucoup : mission dans le monde arabe, syriaque, sogdien, indien, chinois, mongole, traduction entre les mondes grec, syriaque et le monde musulmano-arabe, maintien de traditions syriaques et sémitiques remontant aux premiers siècles, mission sans l’appui de l’empire, au contraire souvent discriminée, persécutée, tolérée mais esseulée ; axant sa mission sur l’éducation et la traduction en différentes cultures sans prétention à un pouvoir pour elle-même.

Prendre du temps et soigner des relations avec des gens qui vivent dans un contexte de souffrance, de résignation, d’espoir « pace qu’il est impossible de céder », des témoins d’une tranquille assurance, sans orgueil, sans prétention, avec du soin apporté aux relations au-delà des conflits.

Sortir de sa zone de confort. Nos églises n’en sont très majoritairement pas conscientes ou pas encore vraiment sorties. Pourtant, pour l’énorme majorité des chrétiens dans le monde, être chrétien représente une difficulté sur le plan culturel ou social. Et les ressources matérielles des communautés sont faibles, tout comme celles de leurs pasteurs. Vivre quelque chose de vraiment nouveau qui décentre de mon vécu. « Mut entsteht beim Machen » (Wiebke Lühmann). Et donc aussi une certaine frustration de voir la timidité de nos Eglises à tenter quelque chose de  nouveau, porteur d’une vision qui soit autre chose que maintenir « quand même » l’essentiel du statu quo….

Tirer les conséquences de mes découvertes de ces dernières années, en particulier le principe du polycentrisme de la chrétienté (C. Lienemann). Ce que nous avons commencé à comprendre avec le colonialisme en Afrique ou Amérique du Sud doit aussi s’appliquer au Proche Orient (P. Frankopan). Alors que nous reconnaissons aujourd’hui aux Eglises africaines de parler pour elles-mêmes et de développer leur théologie, nous continuons à ignorer la voix des Eglises du Proche Orient en ce qui concerne la vie dans leur contexte, et en particulier le conflit avec Israël (R. Khalidi). Cela m’interpelle fortement depuis quelques années et s’est renforcé depuis les opérations militaires d’Israël à Gaza, et maintenant au sud Liban. Il y a quelque chose qui cloche dans notre théologie (R. Nasrallah). Nous devons prendre leur contexte de dépossession, privation, violation des droits au sérieux. Et puis encore: prendre modestement le chemin de l’immanence, c’est-à-dire de faire, partiellement au risque de la partialité, au lieu de toujours dire et discourir sans que cela n’ait aucune conséquence sur notre vie quotidienne.